IBRAHIMA KONATE : «Il faut prier pour le karaté comme le peuple le fait pour le football et le Basket»

IBRAHIMA KONATE
«Il faut prier pour le karaté comme le peuple le fait pour le football et le Basket»

Plusieurs fois champion du Sénégal, un titre de champion d’Afrique par équipe et une 7e place aux championnats du Monde 1998 (Brésil), Ibrahima Konaté a rangé son kimono depuis quelques années pour enfiler son costume de coach. Ce natif de Louga, ceinture noire 5e dan détenteur d’un 2e degré de coach de karaté va découvrir à Madrid la scène mondiale sous ses nouveaux habits de coach de l’équipe nationale (depuis 2017). Ayant obtenu son certificat de coaching récemment à Kigali, ce fils de Maître Konan qui est aussi juge en kumité (combat) et en katas (technique), s’est livré aux questions de Footplus avant son départ pour la capitale espagnole prévu ce samedi (02h). Entretien

Footplus : L’actualité du karaté reste dominée par les championnats du monde, l’équipe s’est-elle bien préparée pour une bonne participation à Madrid (Espagne)?
Ibrahima Konaté : Nous sommes revenus de Kigali au mois d’aout 2018 avec 9 médailles (6 argents et 3 bronzes). Malgré certaines polémiques et discussions, on peut retenir quand même que le Sénégal a réalisé une belle performance en étant le deuxième pays avec l’Egypte qui a fait 6 finales. A noter que l’Egypte était alignée sur 26 catégories, alors que le Sénégal était représenté que sur 17.
Il y a aussi 5 Sénégalais qui font partie du top 10. C’est un grand pas pour notre qualification aux Jo. Maintenant le championnat du monde arrive (du 5 au 12 novembre 2018 à Madrid) et l’équipe s’est préparée avec deux groupes séparés. Le premier en France à Besançon avec Fodé Ndao qui est le responsable des équipes nationales, le second au Sénégal avec les locaux qui étaient en regroupement fermé depuis plusieurs jours. Ce sont des jeunes qui vont tenter leur chance pour une qualification olympique et un podium mondial.
Avec cette énième participation à des Mondiaux, le karaté serait-il en train de s’aligner sur les standards modernes ?
Oui. Le karaté a beaucoup changé parce qu’il est devenu une discipline olympique. C’est un travail qui a été fait depuis des années. Depuis 1995 déjà, la Wtkf (la fédération mondiale) travaillait de concert avec le Cio pour que le karaté soit olympique. Les mesures prises étaient de réorganiser la compétition au niveau pratique, arbitrage et organisation. Il y avait beaucoup d’agitations chez les coachs qui peut-être ne maitrisaient pas bien le règlement. Du coup la discipline n’était pas bien organisée. Avec ces mesures, on a mis en place un système d’examens de coaching pour permettre aux coachs de bien se tenir. En cas de contestation, si le coach maitrise le règlement, il y a une procédure simple à suivre pour avoir gain de cause. L’objectif était de rendre le Karaté attrayant. Car l’olympisme est une forme d’organisation qui est pointue. Ainsi le karaté a fait de grands pas en ce sens. La présence du karaté à Tokyo en 2020 a motivé beaucoup d’améliorations. De ce fait le karaté est une discipline qui produit plus de spectacles avec une image plus soignée.
Quelles sont les chances réelles du Sénégal aux championnats du monde de Karaté ?
Le Sénégal est habitué à des places sur le podium mondial en comptabilisant 9 médailles mondiales. Mais depuis un certain temps nous ratons les championnats du monde (3 au total). Cette année c’est notre retour en force grâce aux jeunes expérimentés. Nous prenons le cas de Lahad Cissé qui est champion de France 2018, Abdoulaye Diop, champion du monde junior, vice champion à Kigali et qui a battu le Sud africain Morgan (le meilleur de sa catégorie), Moundor Sène qui a, à son actif en 2018, 3 League one en côtoyant les meilleurs du monde et en faisant de très bons parcours, Saliou Diouf qui a accédé au second tour à l’Open de Paris. Donc le Sénégal a de réelles chances de médailles.
Quel message pour les recalés et pour ceux qui tapent à la porte de la «Tanière» ?
Les portes de l’équipe nationale sont ouvertes à tous les combattants en activité. Aucun groupe n’est figé, ça tourne tout le temps, des nouveaux arrivent. Cette année à Kigali ce fut le cas. En exemple : Talla Konaté, Modou Ndiaye, des jeunes pétris de talent qui malheureusement ne font pas partie du groupe qui doit aller à Madrid. Mais ce n’est que partie remise. La fédération mise beaucoup sur eux. Il ne faut pas se décourager et continuer de travailler. Pour les autres, il faut écouter les coachs et obtenir de bons résultats pour espérer intégrer l’équipe un jour.
A vous entendre, la relève est assurée…
Je suis rassuré à ce niveau. Nous avons beaucoup de combattants jeunes. Nous avons un programme qu’on est en train de dérouler pour accompagner les locaux. Il faut les rendre performant en ayant le niveau africain, mondial pourquoi pas olympique car il y a d’autres échéances après 2020, en perspective de 2024.
Pourquoi le kata sénégalais ne suit pas le rythme du kumité ?
Le kata a connu beaucoup de difficultés liées à la formation au niveau des dojos. L’appel est que les professeurs de dojos insistent sur l’enseignement des katas qui est plus difficile que le kumité. Maintenant si les clubs fournissent de bons éléments à l’équipe nationale ce sera plus facile. N’empêche que les coachs en katas en équipe nationale sont conscients du travail à fournir. La semaine passée il y avait une équipe d’experts japonais en visite au Sénégal dans le cadre du programme sport for tomorrow. Les experts ont insisté sur les katas.
L’état sénégalais soutient-il le karaté?
J’en profite pour féliciter et remercier le président de la fédération M. El Moctar Diop qui est compétent et qui veut amener le karaté sénégalais loin. Cela se comprend parce qu’il a été un athlète, membre de l’équipe nationale de karaté, champion d’Afrique et champion du Sénégal. Il a fait un travail remarquable entre le ministère et la fédération en établissant un rapport de confiance. Un exemple, malgré l’épuisement de notre budget pour cette année à Kigali, le ministère a accepté de financer le déplacement à Madrid. Donc il y a une relation saine entre l’état et le karaté. Il s’y ajoute que cette bonne santé entre nos relations va même jusqu’aux ambassades parce que l’ambassade de France a accepté d’attribuer des visas aux combattants sénégalais. C’est à nous de consolider cette relation de confiance en faisant notre compétition et revenir pour préparer d’autres événements comme l’Open de Paris au mois de janvier.
Au vu de ce panorama quel message lancez-vous aux pionniers du karaté sénégalais ?
Je rends un vibrant hommage à toutes les personnes qui sans elles, nous jeunes ne connaitrions jamais peut-être la compétition ou le coaching à ce niveau. Unissons-nous autour du karaté. Ayons ce même objectif qui est de faire rayonner notre discipline car les prédécesseurs ont œuvré dans ce sens. Les grands Maitres : feu Jacques Sow, feu Mamadou Diop, Maitre Fernand Nunez, Alioune Badara Diack, Maitre Bouna Ndao et tant d’autres. Créons un climat sain et tirons dans le même sens. Je demande au peuple sénégalais de prier pour le karaté comme il le fait pour le football et le Basket car il n’y a que le Sénégal pays de sport qui gagne. Nous n’avons pas beaucoup de moyens certes, mais la volonté est là, le talent aussi. Les jeunes sont ambitieux tout comme leurs encadreurs. Le sport est une chose noble et importante pour une nation car à part le président de la République, seul le sportif à l’honneur d’entendre son hymne national en étant un ambassadeur.
Propos recueillis par
Elhadji Abasse KANE