DECES DE PASCAL WANE / C’était notre Paso !

DECES DE PASCAL WANE
C’était notre Paso !

On porte encore le deuil de Sidy Lamine Niasse. Décédé il y a quelques semaines, voilà Mamadou Pascal Wane qui s’en mêle. Paso, comme on l’appelait affectueusement, a quitté ce monde pendant qu’on était à la mosquée pour la prière du vendredi. Depuis bientôt deux mois il luttait avec courage et détermination contre l’accident vasculaire cérébral (Avc) qui l’avait terrassé alors qu’il s’apprêtait à faire la prière de Takusaan chez lui. Sa femme l’a secourue en l’emmenant vite à l’hôpital. Le diagnostic n’était pas alarmant et on avait nourri un espoir : l’Avc avait touché le côté droit et n’avait détérioré aucun organe vital. Seulement, les médecins étaient un peu inquiets devant l’âge du «vieux».
Quand je suis venu lui rendre visite avec quelques membres de notre défunte rédaction de Waa Sports, il était content. Et voulait nous le faire savoir. Mais la maladie avait fini de neutraliser sa langue. Sa femme qu’il aimait tant était à ses côtés pour lire dans ses pensées et nous dire ce que Paso voulait nous faire comprendre. Il a insisté, au moment où nous le quittions, pour que nous priions pour lui. J’étais loin d’imaginer que c’était notre dernière rencontre sur terre.
Pascal m’aimait beaucoup et appréciait mes écrits. Il m’appelait souvent pour parler de tout et de rien. Je le faisais rire comme un gamin. Pendant nos 11 ans de compagnonnage (2006 à 2017), de Walf Sports à Jour de Sports, en passant par Waa Sports, on était très complice. Il était là quand Walf Sports naissait le 31 décembre 2006. C’est lui qui a assuré le papier de lutte pour le combat Tyson – Yekini. Il était aussi là quand le journal cessait pour la première fois de paraitre. Pascal faisait partie des gens qui croient dur comme fer que ce «canard» ne méritait pas de mourir. Et il a essayé à maintes reprises, d’exploiter son riche carnet d’adresse pour trouver en vain un sauveur.
La disparition de Jour de Sport a accéléré sa vieillesse. Parce qu’il aimait ce journal et n’avait plus l’ambiance de la rédaction pour le faire vivre. Il ne restait jamais un jour sans y passer. Même lors de ses jours de repos, il passait au bureau pour «récupérer son lot de journal et prendre le leweul de Mboup», s’empressait-il de justifier.
Fier d’appartenir à la vielle génération, Paso était intransigeant sur la bonne tenue du journal. «Attendez, je vais bombarder le chef à la réunion. Il va voir avec moi», me disait-il à chaque fois qu’il y avait une coquille ou une erreur sur la Une du journal. Pascal passait en revue le journal le matin et prenait son temps pour relever toutes les erreurs pendant les réunions de rédaction. Il arrivait même de nous indisposer parce qu’il ne laissait aucun détail. Mais c’est après qu’on a compris que Paso était de la vieille génération qui ne supporte pas des erreurs dans un journal. Les tableaux, classement et fiche technique, c’était aussi son domaine. Il les vérifiait et attaquait quiconque faisait une erreur.

«Que devient-il » et le projet du livre
Quand on s’est parlé au téléphone pour la dernière fois, alors qu’il n’était pas encore malade, il me disait combien il voulait sortir ses nombreux «Que devient-il ?» en livre. «Le bandit (c’est comme ça qu’il m’appelait), je vais tout faire pour publier un livre de «Que devient-il». On me le demande souvent. Et ce serait un bon document pour vous la nouvelle génération», me confiait-il.
Pascal était un journaliste rigoureux. Il était organisé et gardait soigneusement ses notes. Personne n’osait toucher au «musée du vieux (le tiroir de son bureau)». Même quand il était absent. Il avait les «bons palmarès du basket et du foot», ma rappelait-il. Avec sa mort, il emporte avec lui ses archives. Dommage !
C’était un homme bien. Au cœur d’or, Pascal ne supportait pas l’injustice. Il était toujours présent quand il s’agissait de compatir à la douleur des gens. Aujourd’hui, il va nous manquer, c’est sûr. Je ne le verrai plus puiser dans mon «grenier» d’arachide et me dire «Hé toi là, ne te fiche pas de ma gueule hein». Il aimait marcher pour se sentir jeune et en bonne santé. Il jeûnait les lundis et les jeudis, tout ça parce que dans sa tête, il était encore jeune reporter. Et aux visiteurs qui passaient à la rédaction, il disait : «Je suis le jeune Pascal et l’autre là à côté c’est le vieux bandit (pour me désigner)».
A Dieu Paso. Je ne regrette point de t’avoir connu et d’avoir travaillé et progressé à tes côtés pendant onze longues années. A chaque voyage, tu me disais, «Eh Bandit, n’oublie pas les échos et surtout l’infirmerie avec le médecin de l’équipe nationale. Soyez prudent avec les fiches techniques, hein. Pas d’erreur sinon je vais te bombarder». D’accord Paso, je n’ai pas oublié et je n’oublierai pas.
Khalifa Ababacar GUEYE